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Des pentes difficiles à remonter.

À propos de « King Kong théorie »

        Jusqu’à la page 59, ça va. Voir L’article ci-dessous « Salutaire Despentes ». Mais dès la page 61 ça dérape dur. À partir d’un viol et d’une expérience personnelle de prostitution occasionnelle, Virginie se laisse aller à une théorie qui célèbre la prostitution.
        D’une part, elle assimile le mariage à la prostitution : « Le contrat marital apparaît comme ce qu’il est : un marché où la femme s’engage à effectuer un certain nombre de corvées assurant le confort de l’homme à des tarifs défiant toute concurrence. Notamment les tâches sexuelles. » La femme mariée serait une pute à bon marché. Son regard sur la femme mariée est vu à la lumière de la femme bourgeoise de la fin du XIXème siècle, sans activité professionnelle, reléguée à son foyer. Aujourd’hui, sur 100 salarié-es, 46 sont des femmes et gèrent leur vie sexuelle comme des personnes adultes. Cherchez la pute.
        D’autre part, une des considérations les plus insupportables dans ce texte est le mépris qu’elle affiche pour les femmes qui travaillent : les smicardes « Je détestais travailler » dit-elle. L’honneur est donc du côté de celles qui vendent leur corps et leurs services aux clients : « Je ne fais toujours pas la différence nette entre la prostitution et le travail salarié légal … »
A propos de ses clients, elle nous en parle comme de gentils, compatissants messieurs. Va-ton encore pendant longtemps faire pleurer Margot sur la soit-disant rencontre de deux misères, l’une financière, l’autre sexuelle ?
        Après avoir tempêté contre les contraintes toujours actuelles de la féminité, elle n’en est pas à une contradiction près puisque, lorsqu’elle se prostituait : « il s’agissait de jouer le jeu de la féminité ».
Elle prend position  pour la légalisation de la prostitution : « Le monde économique aujourd’hui étant ce qu’il est, c’est-à-dire une guerre froide et impitoyable, interdire l’exercice de la prostitution dans un cadre légal adéquat, c’est interdire spécifiquement à la classe féminine de s’enrichir, de tirer profit de sa propre stigmatisation ». Voilà donc une idée nouvelle : tirer profit de tous les coups, viols, discriminations, plus il y en aura, mieux ce sera, on s’enrichira.
        Rien n’est dit dans ce texte sur la réalité de la prostitution dans le monde. Comme l’indique un rapport récent de l’ONU sur la criminalité : des trois grandes sources de revenus mafieuses, jeu clandestin, prostitution et drogue, les deux dernières sont de loin les plus rentables. Elles sont aussi étroitement liées l’une à l’autre : les milliers de prostituées agissant sur le territoire français usent pour la plupart de drogues dures. Comment pourrait-il en être autrement face à ce qui est jour après jour, acte après acte, une soumission avilissante du corps auquel il faut trouver un remède anesthésiant.
        La prostituée indépendante représente une infime minorité des femmes qui vendent leur corps (2, 3%). La grande majorité d’entre elles tombent dans des trafics générés par des proxénètes internationaux, qui sont d’ailleurs curieusement ignorés dans ce livre.
        Despentes, comme une sainte illuminée, entend des voix ; elles viennent d’Amérique : Pheterson, Rubin et consœurs, grandes avocates du commerce du sexe.
« Le viol fabrique les meilleures putes » écrit-elle. Que peut-on déduire d’une telle affirmation : si toutes les femmes sont des putes, toutes les femmes doivent-elles être violées ? Recyclage ? La King Kong girl roule des mécaniques, mais elle ne fait que rejoindre la cohorte des centaines de milliers de prostituées, occasionnelles ou pas, qui ont toutes subies des sévices dans leur enfance ou leur jeunesse. Tant mieux si elle s’en sort, mais qu’elle n’en fasse pas une théorie !
        Despentes, personne n’a jamais vu une gorille se faire monter pour une poignée de cacahuètes. Si des femmes en sont là, qui peut vraiment croire que c’est un choix ?
Despentes, le salut de la prostitution et de la pornographie passe par toi. On ne te dira pas merci, mais les proxos le feront.
        Selon l’éditeur, ce livre serait « un manifeste » pour un nouveau féminisme. C’est d’une descente aux enfers qu’il s’agit.

Emilie et Victoire