Le vieux : un poids ou une chance?
L’âge : perte ou gain?
2ème partie
Le vieillissement s’opère tout au long de la vie. Il y a un moment, variable pour chacun, où il apparaît physiquement. Mais pas forcément mentalement. On peut « avoir l’air vieux » et se sentir jeune. Sartre disait « On est toujours vieux pour les autres ». Là est la base de la réflexion, au sens retour sur le sujet. Le vieillissement n’est pas seulement synonyme de perte : perte osseuse, perte de l’ouïe, de la vue, de la mobilité, du conjoint, des ami/es, des illusions…
Et si la vieillesse était aussi un gain ? Et si ce gain était un enrichissement pour la personne et la société ? Cette approche implique un changement d’optique. Il s’agit alors de se placer dans une perspective spirituelle qui prend en compte ce que les années apportent à un individu : lucidité, recul, tolérance, lenteur, meilleure aptitude à « faire la part des choses »… Ces qualités ont leur versant négatif, sur lequel on met généralement l’accent. La lucidité peut être amère, le recul de l’indifférence, la tolérance de la résignation ou le désir de ne pas faire de vagues, la lenteur un ralentissement des capacités mentales… A chacun de faire le travail sur soi qui va trier le bon grain de l’ivraie. Alors intervient le gain inestimable de l’âge.
En effet, les années qui s’enchaînent offrent à chacun d’entre nous une chance : celle d’observer sur soi la progression vers l’humain ou pour employer une expression anthropologique, le progrès vers l’hominisation. Nous portons en nous le devenir de l’espèce et nous parcourons en raccourci son chemin : enfance, maturité, vieillesse. Cette dernière étape de la vie est l’occasion de continuer le travail d’exploration de ce que pourrait être plus de sapiens. Nous sommes chacun un laboratoire où se joue le destin de l’humanité. On sait maintenant que le cerveau continue à produire des neurones. Alors au lieu de nous alarmer avec le nombre croissant des malades d’Alzheimer, qui représente une minorité des gens d’âge, pourquoi ne pas insister sur ce gain inestimable des ans ? Mais c’est un don qui se cultive. Il requiert une vigilance et un travail constants pour ne pas se laisser happer par l’attrait vénéneux de la démission.
On pourrait alors passer de l’image d’une vieillesse cantonnée à la fin de vie, assistée et coûteuse pour la communauté, à la conviction que l’âge ou le vieillissement peuvent être des atouts pour la personne et la collectivité. Le changement commence par la sémantique : les termes qui désignent notre sujet demandent à être révisés. Ils le sont déjà : on parle de seniors et non plus de vieux… A « vieillesse » qui véhicule son lot de représentations négatives et qui fige dans un état, il faudrait préférer « âge », sans lui accoler les numéros d’usage – troisième, quatrième. La seule évocation d’âge – une personne d’âge – suffit à évoquer le nombre des ans. On souhaiterait que l’âge soit pour la personne ce qu’elle est pour le vin, un label de qualité. Quant à vieillissement, il implique le mouvement inhérent aux choses de la vie. Et ouvre une perspective autre que la mort inéluctable. On a toujours la vie devant soi, tant qu’on n’est pas mort.
Il y a donc un véritable retournement à opérer dans l’approche que nous avons de l’âge. Il touche d’abord les personnes concernées, celles qui sont entrées dans la catégorie dite des vieux. Ils et elles reprennent à leur compte l’image qui est donnée d’eux. Et qui ne correspond pas forcément à ce qu’ils ressentent. Ils se coulent dans les pantoufles du vieux, comme les femmes se drapent des oripeaux de la féminité. A part la relative minorité des super papy et super mamy, la plupart des personnes d’âge se font petites souris, renoncent à avoir une vie propre, des désirs, des ambitions, à se projeter autrement que dans les sorties avec les petits enfants. Ces derniers deviennent souvent la seule justification à leur vie et leur font faire l’économie de continuer à vivre aussi par et pour eux-mêmes.
Un timide mouvement s’amorce cependant. L’image du, de la « jeune » senior indépendant/e, voyageu/se, en forme, commence à contrebalancer celle du grabataire à charge. La relégation par l’âge perd des points. Le septuagénaire a encore des chances. Souvenons nous : dans les romans de Balzac, la femme de trente ans était carrément vieille. Aujourd’hui, elle a gagné une remise de peine de plus de trente ans. Et Jane Fonda affiche fièrement ses six décennies dans une pub.
L’âge le vaut bien. Continuer à vivre est toujours la somme de victoires : sur la maladie, l’accident, la dégradation, la mort, le découragement, la résignation.
Les pensées de Pascaline