Griffes de Lionnes
Mi figue mi raisin
Morituri te salutant !   
Comment survivre le moins mal possible à ses vieux parents ?   
Le 8 mars nouveau est arrivé !    Le vieux : un poids ou une chance ?   
Le vieux : 1ère partie     
Les genres du sport Jeanne qui rit et  Jean qui pleure
Le réflexe réactionnaire J'ai soixante ans et toutes mes dents
Le féminisme est aussi l'affaire des hommes Le monde des femmes  
Quand elles l'auront Des mots pour le dire  

Le féminisme est aussi l’affaire des hommes.

         La question de l’avenir du féminisme est souvent posée. Le plus couramment pour lui en refuser un. Se reporter aux clichés « Mort, enterré, dépassé ». Plus sérieusement, on peut se demander quelle sera la voie où va s’engager la réflexion et l’action d’un Mouvement déjà inscrit dans une longue histoire. On peut en effet faire remonter celle-ci à la révolution, où le féminisme  passe du débat théorique et de l’engagement individuel à un combat concret qui rassemble des femmes autour de l’idée qu’elles appartiennent à une classe. Les luttes féministes se sont ensuite organisées autour de l’égalité, première vague, puis de la liberté, deuxième vague, celle des années 70. Faut-il voir dans la revendication de parité une 3e étape ? On en jugera avec le recul.
         Et maintenant ? Si la nouvelle voie était du côté des hommes, les partenaires « biologiques » des femmes ? Ce serait dans la logique d’une libération qui questionne la domination d’un sexe sur l’autre. Donc du rôle des deux sexes dans ce dispositif de la domination.
         Quelques hommes ont apporté dans le passé et plus récemment une contribution décisive à la réflexion sur l’inégalité des sexes.
         On connaît les noms de Stuart Mill, féministe anglais et de Condorcet. Ce dernier a été influencé par sa femme, Sophie, avec qui il a formé un couple égalitaire avant l’heure. Philosophe, savant, politique, son article « De l’admission des femmes au droit de cité » dénonce les préjugés qui privent de leurs droits la moitié des êtres humains.
         « Pourquoi des êtres exposés à des grossesses et à des indispositions passagères, ne pourraient ils pas exercer des droits dont on n’a jamais imaginé de priver les gens qui ont la goutte tous les hivers, et qui s’enrhument aisément ? »
         On connaît moins celui de Poulain de la Barre, que l’on peut considérer comme le premier théoricien du féminisme. Un précurseur à qui il faut enfin rendre justice. La publication de son Ier ouvrage « De l’égalité des deux sexes » (1673) coïncide avec la mort de Molière, qui a tant ridiculisé les Précieuses. Il écrira encore deux ouvrages sur l’inégalité des sexes : « L’éducation des dames » et « De l’excellence des hommes contre l’égalité des sexes ». Il faudra attendre le XIXe siècle et surtout Simone de Beauvoir, qui le cite abondamment, pour que soit rendue justice à cet excellent auteur, qui affirmait : « L’esprit n’a pas de sexe » et « Tout ce qui a été écrit par les hommes sur les femmes doit être suspect, car ils sont à la fois juge et partie. »
        On est frappé par le modernisme de Poullain de la Barre qui se défie des anciens, alors référence absolue. Il est le premier auteur à développer sans ambiguïté que « Lon rapporte souvent à la nature ce qui vient de l’usage » et à utiliser l’investigation historique pour comprendre le présent : la servitude des femmes est un produit de la culture des hommes. Il repère là les racines des préjugés contre les femmes, et fustige la coutume sociale et l’opinion générale qui sont pernicieuses pour le bonheur de l’esprit. : « Toutes les lois semblent n’avoir été faites que pour maintenir les hommes dans la position où ils sont. »
         Pour le prouver, il est le premier à mener une véritable enquête qu’on pourrait qualifier de présociologique. Il applique la méthode de pensée cartésienne à un thème de morale sociale, les femmes, ouvrant ainsi la voie à la critique sociale des temps modernes.
         Plus près de nous, des groupes d’hommes dans les années 70, ont été compagnons de route des féministes. Ils se regroupaient pour réfléchir et mettre en question la virilité.
         Il y a donc eu des antécédents. La question de l’implication des hommes dans le féminisme est pertinente. La domination se joue en effet à deux qui ont partie liée. Il y a désormais du jeu dans un système figé depuis des millénaires. Si une des parties se délie, l’autre en est évidemment affectée. L’autre, en l’occurrence c’est l’homme. Ses réactions sont pour le moment du côté de la résistance. Nombre d’entre eux, désorientés par le mouvement de libération des femmes, ont la tentation de la fuite ou du retour en arrière. Phase obligée.
         Mais les femmes ne se sont pas libérées de leur asservissement pour rester seules sur le chemin qui mène à la libération. On ne peut rompre le cercle vicieux de la domination sans que s’impliquent les deux parties. L’homme n’est pas en dehors de ce cercle, mais partie prenante. Le dominant aussi est victime du système dont il croit ne retirer que des privilèges. Il lui appartient désormais d’en analyser les pièges, et de briser ces chaînes dorées qui lui barrent l’accès à son humanité.
         L’avancée de la libération dépend de cette implication de la catégorie homme dans le féminisme. Comme écrivait Simone de Beauvoir : « L’homme se libère en libérant la femme ». Cette libération ne saurait se borner à une égalité unilatérale, où les femmes devraient s’aligner sur un modèle, par ailleurs contesté. La virilité, comme apprentissage contraignant pour le garçon, ne doit pas se confondre avec le masculin, pas plus que la féminité stéréotypée ne saurait se confondre avec le féminin. La virilité consiste à fabriquer un homme à partir du garçon en le coupant de son humanité. « En avoir et ne pas en être » , telle est la devise du vrai macho, dont on trouve des spécimens extrêmes chez les hooligans.
         Les hommes ne sauraient rester figés dans une sorte d’Eternel Masculin intouchable, dont le fameux Eternel Féminin n’est que la face inversée. A eux de faire leur part du chemin, à commencer par le partage du domestique. Les femmes ont investi le champ du public, traditionnellement réservé aux hommes. Ceux ci doivent à leur tour se réapproprier le privé. Cela s’appellerait la réciprocité, un nouveau concept qui reste à élaborer, qui impliquerait les deux partenaires dans une libération où ils seraient solidaires.

         Justine