J’ai soixante ans et toutes mes dents.
Quand une grande star du cinéma américain des années 80 fait la pub pour un produit de soin de la peau et nous déclare, bouquet de fleurs en mains : « nous le méritons bien. J’ai 64 ans, pas mal, hein », nous, les sexagénaires, sommes plutôt contentes. Enfin une pub qui ne nous ignore pas, qui ne nous relègue pas au rôle de grand-mère instruisant sa petite fille sur l’art de la tarte aux pommes ou ne nous dirige pas vers des villages pour vieillards qui savent rester jeunes.
Alors, forcément, nous écoutons cette pub avec un brin de reconnaissance. Nous savons bien que nous avons encore 24 ou 25 ans à tracer (selon les statistiques officielles de longévité des femmes). Alors être reconnues séduisantes, malgré nos 60 printemps, ça remonte le moral.
Encouragée, je regarde les autres pubs qui me parlent de mon corps et … mon moral commence à dégringoler :
Nous sommes en déprime chronique.
Il paraît cependant qu’on peut rester jeune sans chirurgie - grâce à une méthode « thermo-décrispante », que l’âge n’est pas une fatalité, que « l’on peut recharger la peau de l’intérieur ( ?).» On n’arrête pas le progrès.
Je vous laisse compléter la liste. La bonne heure pour découvrir ces produits miracles, c’est dans l’après-midi, quand nous sommes supposées regarder Derrick pour la centième fois à la télé. Derrick, le record mondial de durée dans une série policière. Les vieillards sont supposés se regarder entre eux, à qui va disparaître le premier … non ?
Cette même télé nous livre parfois, trop rarement, des bribes d’humanité, comme cette chanson populaire de Chimène Badi, une jeune femme à la voix superbe : «Il faut du temps. » Découvrez là et retrouvez un bon moral :
Il faut du temps pour apercevoir
Une amie dans le miroir.
Il faut du temps pour oser se voir
Sans se mentir et sans fard,
Pour en arriver à se dire
Voilà comme je suis, et en sourire.
Emilie