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Le Merveilleux et l’Emerveillée
Télérama de Noël 2006
Une jolie petite fille sur la couverture, aux boucles dorées, souriante, l’Emerveillée.
On nous annonce un numéro double sur le merveilleux. «Place à l’invisible, au surnaturel, à l’enchantement ; le merveilleux qui a pacifié le monde. » On glisse au passage un petit coup de propagande religieuse : « les merveilles les plus achevées pour le monde occidental sont celles transmises par l’histoire sainte. »
Reste donc à l’Emerveillée de s’émerveiller en parcourant les pages de l’hebdomadaire.
Cela commence par un certain Bartabas, montreur de chevaux qui «depuis 1984 ne cesse d’asséner des uppercuts au public ». Il semble que les chevaux en prennent aussi un sacré coup à tourner en rond durant « une heure et demie au galop sur fond de musique tzigane endiablée. » Ce monsieur est « tout ensemble, masculin et féminin, barbare et mystique, solitaire et chef de clan. » Plus queer tu meurs. L’Emerveillée prend peur devant tant de bruit et de fureur.
Elle passe à la page suivante, où l’on évoque un autre fabricant de merveilleux, l’auteur du Seigneur des anneaux dont on résume l’œuvre par : « Frodon, le héros, perd son innocence en affrontant le mal et se sacrifie par amour des autres. »
Peu concernée par les tribulations d’un jeune martyr, mâle de plus, elle passe à la suite et découvre l’exotisme. Le merveilleux au soleil levant avec une héroïne, une très jeune fille étalée sur le ventre d’un ourson (?) et dont on voit la culotte … On connaît le goût des japonais, dit-on, pour les pré-nubiles.
Choquée, elle avance dans sa lecture. Tradition oblige, il y a bien du merveilleux dans la grande cuisine. A Cancale, un chef amuse la clientèle avec des récits de batailles navales pour le commerce des épices. Se tuer pour du poivre, c’est à pleurer.
La chanson, peut-être ? Seuls les artistes américains, affirme-t-on, ont bien chanté Noël. Les Français sont ringards : Tino Rossi, Mireille Mathieu... Facile, se dit-elle, 80% des Français ne comprennent rien à l’anglais.
L’Emerveillée tourne les pages. Les fantômes, ça, c’est une valeur sûre du merveilleux. Walter Scott, le romanesque écrivain écossais qui les a fréquentés aurait écrit : « J’ai commencé à me sentir loin du monde des vivants et un peu trop près de celui des morts. »
Voyons du côté des écrivains, se dit L’Emerveillée qui commence à ciller des yeux et à perdre son sourire. Apparaît J.C Carrière « un type vraiment fantastique » (notez bien, pas merveilleux) qui déclare : « le merveilleux c’est ce qui se situe hors de l’humain ou plutôt au-dessus de lui. » Cela la laisse perplexe.
Alors, les nouvelles technologies ? « Ils sont 7 millions d’êtres humains à s’affronter en d’homériques combats virtuels » apprend-on, de source globale certifiée. Il s’agit de World of Warcraft, un jeu de stratégie et de guerre - contre le mal bien sûr. Mais le mal, c’est quoi au juste se demande l’Emerveillée qui, à ce stade, ferme le journal. ?
Vous l’aurez compris : le merveilleux offert aux petites filles, les femmes de demain, c’est une affaire d’hommes mégalos, sado-masochistes, pervers, mortifères et violents.
A découvrir le numéro suivant de Télérama.
En couverture : Bonne année 2007 sur un grand dessin d’arbre mort. CQFD.
Emilie