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LA FOIRE  AUX  FILLES

         En ce début du XXIème siècle, dans un pays dit des Lumières, un rite se perpétue. Chaque année vers Noël. C’est la grande exposition des Filles. A qui sera la plus « belle ». Avec le concours de la télé. Des millions de gens, dit-on, regardent fascinés. Les hommes salivent, les femmes culpabilisent et souffrent. Deux jurys, un d’experts et l’autre populaire  délibèrent après le défilé des Filles, jeunes bien sûr, qui passent et repassent en se dandinant comme des canes à la parade, le sourire en coin coin. Avec les années, les exigences se sont diversifiées. La beauté seule ne suffit plus. Il faut aussi un semblant de diplômes, garants d’une certaine « culture ». Pour être belle, on n’en parle pas moins. Et cette année, le jury a frappé un grand coup : une sourde a failli remporter la récompense suprême. Le jury populaire l’avait souhaitée. Mais les experts ont préféré revenir à plus de normalité. On a élu une belle en parfait état de fonctionnement.
En ce début de XXIème, dans ce pays où les Lumières ne parviennent pas encore à dissiper les ténèbres, on expose toujours des femmes. Pas pour les vendre directement en chair et en os. Mais pour vendre leur image.          La même qu’on affiche un peu partout sur du papier, sur des écrans. Et personne n’y trouve plus à redire. Il y a quelques décennies, des femmes avaient dénoncé cette pratique ; elles disaient qu’elles n’étaient pas des bestiaux de foire ; elles avaient même perturbé un des défilés. On ne sait pas ce qu’elles sont devenues. Il se peut qu’on les ait déportées pour mauvais esprit.

         Justine