Le sexisme des français enfin révélé !
Après toutes ces années de revendications, de justifications, de preuves, de témoignages, de professions de foi non sexistes, les femmes en France étaient nombreuses, surtout parmi les jeunes, à penser que le sexisme anti-femmes avait régressé dans l’hexagone.
Et bien pas du tout. La candidature de Ségolène Royal nous rouvre les yeux. Comme une marée montante, le sexisme déferle sur elle et rejette chaque jour, sous des formes diverses, les dépôts refoulés du machisme.
Enumérons rapidement :
Les plus évidentes : Elle s’habille en rouge, en blanc : « Qu’est ce que ça veut dire, de quoi a-t-elle l’air? » Elle porte des hauts talons, mais imaginez qu’elle soit en baskets ! Que dire des complets vestons ringards de Nicolas ? Rien là-dessus : c’est un homme, il est au-delà de ces critères vestimentaires. Elle est si féminine, si jolie. Que n’entendrions-nous pas si elle était hommasse ! Elle est séduisante : entendez un peu courtisane. Elle met en avant le fait qu’elle est mère, je frémis à l’idée qu’elle n’ait pas eu d’enfants ou qu’elle soit lesbienne !
Les plus violentes : « Elle est incompétente. » Il est vrai que chef ne se décline pas au féminin.
Quand on constate décennies après décennies, la gestion du monde exercée par les « vrais » chefs, les hommes, on est à la limite du désespoir. L’accumulation des diplômes, des responsabilités ne suffira jamais à une femme pour obtenir ce à quoi, un homme, à curriculum équivalent, peut prétendre d’emblée, sans avoir à se justifier. Une femme ne vaut toujours pas un homme, même pas un éleveur de chevaux, dont l’épouse s’épanouit parmi sa nichée, ses poules et ses canards.
Réduite à sa qualité de mère, Ségolène Royal, devient la petite sœur des pauvres ; on lui reproche sa compassion, son humanité, son écoute des autres. Puis une voix bien informée contredit ce discours : « Dans ses fonctions de présidente de région elle fait preuve d’un grand autoritarisme, elle n’écoute personne. » Message brouillé et finalité claire. Pas comme son grand rival, lui qui est l’homme d’un seul visage, d’une seule pensée, d’une seule parole…
Les plus subtiles : Quand elle jouait seule, on jugeait qu’elle se mettait à dos les hommes de son parti et qu’elle n’y arriverait pas. Maintenant qu’elle est cheffe de troupeau, on se demande pourquoi elle a pris celui-ci, plutôt que celui-là, cela ne va-t-il pas nuire à l’originalité de sa politique ?
Après sa prestation de qualité sur TF1 dans l’émission « J’ai une question à vous poser » où elle a battu le record d’audience de Nicolas, le journal Le Monde titre sur sa première page : « Royal cherche à imposer son style. » Restons un moment sur le choix du mot « style » et du mot « imposer. » Alors qu’elle défend une forme nouvelle de gouvernance, une méthode radicalement différente de faire de la politique, on résume son objectif, là encore, par l’emploi de deux mots contradictoires : style, un mot souvent appliqué à la mode, à l’écriture ou à une forme d’expression plutôt personnelle, et imposer : un mot qui fait peur. Brouillage là encore.
Les très subtiles : Dans le quotidien Libération du 13 février, un article du sociologue Eric Fassin, que dans une première lecture j’ai trouvé remarquable. Fassin reconnaît le sexisme qui agresse Ségolène Royal : il dénonce l’affiche obscène de G. Dahan, annonçant son spectacle « Erection présidentielle » ainsi que la blague lourde de misogynie par ce même Dahan, se prétendant Premier ministre du Québec
Fassin poursuit : « L’incident n’est pas isolé : lorsque sur RMC un journaliste, J.J Bourdin, parvient à coincer Ségolène Royal … sur le nombre de sous-marins nucléaires français, ce qui nous est signifié, c’est qu’il l’a eue, qu’il se l’ait faite. En se plaçant sur le terrain viril de l’armement ne l’a-t-il pas renvoyée à son statut de faible femme ? » Et Fassin de déclarer que Ségolène Royal s’est vraiment faite avoir ; elle n’aurait pas dû entrer dans ce jeu ; elle était intimidée. Un candidat, tout aussi ignorant qu’elle, n’aurait pas répondu. Erreur : Nicolas lui aussi s’est trompé, plus tard, sur le même sujet (il aurait dû réviser !) mais cela n’a pas fait la une des journaux, ni remis en cause sa compétence.
« C’est le piège de la politique des sexes à l’heure de la parité. » écrit Fassin. Les femmes seraient là où les hommes, dans la grande crise de représentation politique actuelle, leur laissent de la place, cette place sur laquelle Ségolène Royal a « surfé ». A la femme la société civile, la démocratie participative. Ca devrait s’arrêter là. Mais, si elle insiste à vouloir se présenter, alors il est facile de la disqualifier pour l’exercice des fonctions de politique générale internationale ou la prise de décisions importantes pour le pays.
Et Fassin de conclure : « Pour les femmes politiques en France, les conditions du succès risquent d’être aussi celle de leur disqualification.»
Bien subtile cette analyse, mais cette fin me gêne. Elle sonne comme une damnation quasi divine : les femmes ne peuvent pas s’en sortir. Condamnées au service domestique et civil, reléguées dans les arrières cours politiques et officines à servir les mâles, à combler leurs insuffisances et à pleurer sur leurs crimes.
Derrière cette analyse, qui semble en première lecture dénoncer le sexisme, quelle pensée figée ! Au mépris de l’histoire et de l’anthropologie, le sociologue Eric Fassin nie les capacités d’évolution de l’espèce humaine qui n’en finit pas pourtant de se construire.
Mes soeurs, soit vous considérez, comme l’auteur, que la boucle est bouclée ; alors votez pour ces grands mâles et un pouvoir que vous n’aurez jamais. Votez même pour les pires d’entre eux, afin d’en finir, vite.
Sinon, faites confiance à l’avenir, même semé d’embûches et votez pour Ségolène Royal.
Emilie