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Qui agresse qui ?

        Le 2 octobre prochain, un procès haut en symbole va se dérouler au tribunal d’Epinal.
Cette affaire a fait quelque bruit il y a un an : Fanny Truchelut aurait refusé à deux femmes voilées l’accès à son gîte. Elle est poursuivie pour refus de fourniture d’un bien ou service, pour motif ethnique, racial et religieux. C’est la version officielle, défendue par les deux femmes voilées assistées de leur frère, connu pour ses sympathies islamistes.

La version de  Fanny Truchelut
        F. Truchelut, propriétaire du gîte, a été contactée par téléphone par deux femmes à la recherche d’une location pour le week-end du 15 août 2006. Elles avaient visité son site sur internet.
Bien que le gîte ait été en travaux, devant leur insistance, Fanny Truchelut a accepté leur réservation et a reçu un chèque d’arrhes.
Lorsqu’elles sont arrivées voilées de pied en cap, Fanny Truchelut, sans refuser la location réservée, leur a demandé d’avoir la courtoisie de ne pas arborer cette tenue dans le salon de télévision de son gîte, pour en respecter la neutralité et la convivialité. Mécontentes, les deux femmes sont reparties avec leur chèque d’arrhes. Fanny recevra ensuite un appel téléphonique menaçant du frère « Ca ne se passera pas comme ça ! »
        Les faits seront examinés à l’audience et le Tribunal appréciera s’il y a lieu de condamner ou de relaxer. Mais il est temps de rappeler clairement ce que représente le voile et de prendre en compte le rejet que sa vue inspire à une majorité de citoyen/es.

Le voile comme symbole
        Refuser que dans l’espace public un tel signe soit arboré n’est pas une atteinte à la liberté d’expression. La liberté d’expression est une conquête de la presse, de la création littéraire et artistique dans les pays démocratiques.

        La démocratie est d’abord un régime qui tente d’instaurer l’égalité entre ses membres, femmes et hommes. Or le port du voile n’est pas un signe anodin, témoignant d’une simple foi religieuse. C’est un symbole. Celui de l’exclusion des femmes du champ public, de leur infériorité et de leur asservissement. Or la démocratie s’appuie à la fois sur le principe d’égalité des sexes et sur la laïcité. Celle ci instaure la séparation du politique et du religieux, condition de la paix civile et du respect de toutes les convictions. C’est bien parce que ces deux principes fondateurs de notre république n’ont  pas été respectés, que nous en sommes venues à débattre du sens d’un signe, que certains veulent assimiler à une religion dans son entier.
Le voile est en fait le porte-drapeau de l’islamisme politique militant, dont la conception du droit des femmes et de la mixité est en contradiction totale avec la nôtre. Jusqu’à ces dernières années, personne n’avait jamais vu l’ombre d’un voile, d’une burqua, d’un chadri, d’un tchador. Ce bout de chiffon est bien autre chose justement qu’un « simple morceau de tissu ». Pourquoi, à la différence de la croix gammée ou de l’étoile jaune, feindre de ne pas savoir déchiffrer ce que nous dit l’histoire ? Des milliers de femmes sont mortes pour avoir refusé de porter ce signe, va-t-on rendre leur sacrifice inutile ? Aujourd’hui, de par le monde, des milliers de femmes sont contraintes de le porter, au risque d’être tuées. Et on voudrait nous faire croire que porter le voile « ce n’est pas grave » ?

La ligue du droit des femmes s’interroge sur le port du voile dans l’espace public
        Comment en est-on donc arrivé, dans un pays laïc, à poursuivre, au motif de racisme et de discrimination religieuse, un acte qui, en refusant l’exhibition dans un lieu public d’un signe revendiqué comme religieux par celles qui l’arborent, témoigne au contraire du respect des convictions de chacun, ainsi que le stipule la loi de 1905 ?
        Qu’il y ait provocation de la part de l’accusation paraît probable. Ce n’est pas la première fois que les sympathisants de l’islamisme utilisent à leur profit les lois de la république pour défendre des signes ou comportements qui sont la négation des principes et conquêtes démocratiques. En l’occurrence le port du voile.

        Ce n’est pas un signe religieux indiscutable – toutes les musulmanes ne portent pas le voile ! – pas plus qu’il n’est un signe révélant systématiquement l’appartenance à une race ou une ethnie - il est porté à travers le monde par des femmes appartenant à certaines races et ethnies, mais toutes les femmes de ces ethnies ne le portent pas ! La question soulevée par l’affaire des Vosges n’a donc rien à voir avec une discrimination raciste, ethnique ou religieuse.

La vraie question est : qui agresse qui ?
        Nous sommes des milliers de femmes et d’hommes dans ce pays à être viscéralement agressés par la vue de ce signe. Il nous jette à la figure le souvenir d’un long passé douloureux, en nous renvoyant à des temps pour nous heureusement révolus, ceux de l’oppression. Il annule symboliquement les longs combats que nous avons menés pour en sortir. Il est une véritable insulte à notre liberté, chèrement conquise.
        Oui, le port du voile dans l’espace public est une atteinte à notre dignité de femme en voie de libération. Il relève du trouble à l’ordre public, dans la mesure où il  bafoue symboliquement l’ordre républicain. Toute société humaine fonctionne sur des symboles. Y toucher conduit à mettre en péril ses bases mêmes. Il a fallu une loi sur les signes religieux à l’école pour en réaffirmer la neutralité. Il faudra poursuivre sur ce chemin pour interdire l’exhibition du voile, car il constitue un trouble à l’ordre public.
        Continuera-t-on hypocritement à considérer son rejet comme un acte antireligieux ou raciste, pour éviter de prendre ses responsabilités démocratiques ?
        L’affaire des Vosges pose clairement le problème. Fanny Truchelut a eu le courage de s’opposer à l’affichage d’un signe incompatible avec nos idéaux. Il faut la soutenir. Il y va de l’avenir de notre démocratie.

        Justine et Nini