Griffes de Lionnes
Coups de griffe
Paix et religions     
La danse des obscénités    Les JO : un scandale peut en cacher un autre   
Avril 2008 – Elections démocrates -Vues des USA     
Février 2008 : les primaires démocrates américaines vues par les médias français   
L'enfant formaté    Du respect de l'autre    Je t'aime, moi non plus   
Le politologue    Le virus    Qui agresse qui ?   
Le salaire de la peur J'étais malade et aujourd'hui je suis guérie  
Le grand coeur de Nico Nous sommes là pour vous aider Le chef s'amuse
Le sexisme des français enfin révélé ! Mauvaise Foi  

Le politologue

        Vous vous souvenez peut-être d’une publicité pour aliments de chats et chiens «  Bouletologues chez Fido ». Le slogan s’affichait partout avec un chien ou un chat expert, qui délivrait son satisfecit à la boîte de boulettes destinée à ses congénères. En guise de sceau, une patte.
        Nous avons nous aussi, nos bouletologues. Ce sont les politologues, variété d’une espèce répandue, « l’expert ».  Ils s’affichent sur les plateaux de télé, et nous expliquent doctement comment comprendre les aléas de la vie politique. Ils interprètent, décortiquent, commentent tout événement qui est répertorié sous le label politique. Ils se parlent de l’un à l’autre, se congratulent, se renvoient la balle. Ils savent. Ils ne doutent jamais. Leurs jugements sont dictés par les références admises. Ainsi, il doit y avoir un vainqueur et un vaincu, la majorité est souveraine, l’image qu’ils se font d’un personnage politique est toujours plus forte que sa réalité et ils l’enferment dedans. Ils réussissent le tour de force de mettre au service de la mauvaise foi, le raisonnement.
        Ainsi, lors de la dernière campagne présidentielle, ils nous ont fait avaler quelques couleuvres. La plus grosse fut le débat entre Royal et Sarko. Ils ont tranché : le meilleur ce fut Sarko. Sans nuances.
Chiens de garde du système, les politologues pensent à notre place. Ils nous servent notre pâtée intellectuelle, plusieurs fois par jour, par voie de presse, radio, télé. Jusqu’à l’indigestion. Ils sont un des avatars de ce gavage médiatique dont nous sommes l’objet. Il y a une boulimie généralisée d’information, suscitée par les medias. Il s’agit de nous faire consommer. De la nouvelle comme du yaourt. « Dans le trop on se perd, dans le peu on se trouve » dit je ne sais quel proverbe, sans doute chinois. Nous sommes perdus dans ce flot de « nouvelles » qui se déverse sur nous dès que nous appuyons sur un bouton. Il faut de la force de caractère pour ne pas céder à ce petit geste. Ou pour, malgré tout, tenter de se faire une opinion par soi-même.
        Là est le hic : l’anesthésie de l’esprit critique. Longtemps, l’ignorance a fait le lit de l’aveuglement. On pouvait prétendre qu’on ne savait pas. Aujourd’hui, on sait tout, tout de suite. L’information est assortie presque immédiatement de son commentaire. A peine avons nous avalé la nouvelle, qu’on nous dit ce qu’il convient d’en penser. Le résultat finit par revenir au même. Privé ou gavé, l’homme ne s’y retrouve pas.                 L’absence de délai entre l’événement et sa glose, annule l’espace nécessaire à la réflexion, qui a besoin de silence. C’est là que se forge la pensée.
        Mais le bruit est partout…

Justine