Le salaire de la peur.
Ce matin, 7 mai, lendemain de l’élection présidentielle, 17 millions de personnes se sont levées, le cœur en berne. Ségolène ne sera pas Présidente. 47% contre 53% au vainqueur. C’est énorme 47%, une presque moitié de population. Mais il faut toujours un vainqueur. Gagner, perdre, ces mots clés du monde patriarcal. Il n’y en a plus que pour celui qui a triomphé. 17 millions de voix sont laissées sur le carreau, muettes de déception et de tristesse.
Nous voilà avec une France hémiplégique sur les bras. Drôle de tronche, asymétrique et grimaçante. Côté droit, mister Hyde. Côté gauche Dr Jekyll. C’est Mister Hyde qui va mener le bal. Le bal de la peur. C’est elle qui l’a emportée le 6 mai. Cortège de peurs qui se sont enchaînées : peur du pari, peur des femmes, peur d’un vrai changement - pas celui qui nous met au pas de la mondialisation et qui veut en finir avec notre salutaire « exception »- peur de faire confiance à la réalité plutôt qu’à l’image qu’on s’en fait. Vaste conspiration des forces de la peur, qui ne veulent pas lâcher leur dérisoire bout de gras : UMP, médias, commentateurs, politologues, nantis, cyniques, vieillards, bref morts vivants de tout bord, ça fait 53%.
Le pire sera le climat. Pas réchauffé du tout. Climat froid de la méfiance, du chacun pour soi, de la course aux biens - dans sa petite famille avec sa belle voiture et son précieux boulot - de la désespérance.
Les « Mai » ne se ressemblent pas. Celui de 2007 prétend enterrer celui de 68. Le mai de la jeunesse – quel que soit l’âge -, de l’espoir, du possible, a été renvoyé au piquet. Fauteur de tous les troubles, se lève tard, jette le travail aux orties, ne choisit pas la nation contre la planète, sa famille plutôt que les autres, demande l’impossible à la réalité, au lieu de s’enliser dedans, ne se résigne pas à croire en une « nature humaine » immuablement mauvaise, lève le nez vers les étoiles qui ne connaissent pas le CAC 40.
Oui, les « Mai » ne se ressemblent pas, mais ils reviennent. La révolte refleurira bientôt avec les cerisiers. La dame en blanc reviendra et nous emmènera sur le chemin têtu qui sinue vers la liberté.
Justine