Avril 2008 – Elections démocrates
Vues des USA
L’engouement à l’égard de Barak tient de la ferveur religieuse, tant en France qu’aux Etats-Unis. Il est le fils que tout un ( e ) chacun( e ) aimerait avoir. Jeune, à la rhétorique bien huilée, visiblement maître de lui-même, il traverse les élections, Etat par Etat, avec l’air de celui qui ne doute pas ; sérieux et souriant.
Parfait, il est. Tant de perfection est-ce bien convenable?
Comme le dit une journaliste du New York Times « Saint Obama, depuis 14 mois, a comme argument pour gouverner le pays, LUI-MEME. »
Il y a bien quelques coins d’ombre dans le personnage ; son amitié avec un chef maffieux actuellement poursuivi devant les tribunaux, son attachement de longue date a un virulent pasteur raciste ; mais le jeune homme, avec sa grâce habituelle, traverse aisément ces difficultés qui pourtant devraient faire réfléchir plus d’un électeur.
Peu importe qu’il soit inexpérimenté, flou dans ses propositions, politicien habile qui se cache derrière son seul slogan : le changement… Une notion, genre auberge espagnole. Que les Espagnols me pardonnent. Beaucoup d’Américains voient en lui le rédempteur qui va redonner à l’Amérique sa grandeur et réconcilier noirs et blancs.
Sa concurrente a beau démontrer son courage, son intelligence de ce que vit l’Amérique aujourd’hui, avec un programme précis et nettement plus à gauche, proche des gens du peuple et de cette classe moyenne qui est le vrai pilier de la démocratie de ce pays, elle est l’objet de toutes les critiques.
Que lui reproche-t-on ? Tout et son contraire :
Certaines femmes, féministes, ne sont pas les dernières à critiquer Hillary. Un de leurs arguments : « Elle aurait dû quitter Bill… »
On a entendu, dans un meeting démocrate, un homme crier « Va repasser les chemises ! » (Heureusement les enfants sont élevés !!!) Bien sûr, récemment, elle a confondu un récit qu’on lui avait fait en Bosnie sur les risques éventuels qu’elle prenait en allant sur un terrain de guerre, avec la réalité beaucoup plus douce qu’elle avait vraiment vécu…. Maladroit certes, alimentant la méfiance à son égard. Sans oublier les critiques auxquelles toute femme politique s’expose, semble-t-il, dans nos pays « démocratiques » : « son discours est extravagant (?), elle est peu attirante (entendez comme une Vraie femme), elle a une vilaine voix, elle est coléreuse…
Bref, cela ne vous rappelle rien ? Impossible de gagner, n’est-ce pas ? Un homme ne se verra jamais reprocher ce genre de choses.
Barak, le parfait, il est vrai, s’est opposé, contrairement à Hillary, à la guerre en Irak mais il n’était pas encore sénateur et en position de peser dans le débat. Ce parfait politicien, qui a progressé si vite dans le monde du pouvoir, grâce à son sens de l’adaptation, aurait-il pris vraiment ce risque ?
La plupart des medias soutiennent de façon honteuse Barak, au point qu’un des principaux journalistes de CNN, Lou Dobbs, a déclaré ces comportements « obscènes » et affirmé qu’il n’avait jamais constaté de tels faits lors d’élections précédentes.
Pourquoi ? Hillary est le produit du féminisme américain si actif dans les années 70-80. Fait-elle peur ? Une femme à la tête du pays le plus puissant du monde, est-ce acceptable ?
Une conseillère de Barak a déclaré : « Le racisme a atteint un niveau de conscience politique que le sexisme n’a pas atteint. » Un professeur de droit de Colombia University a écrit dans le New York Times: « Même les gens qui ne voulaient pas voir l’incidence du genre dans la politique, doivent reconnaître la persistance des stéréotypes sexuels. Les medias marchent sur des oeufs dès qu’il s’agit de race, mais ils sont aveugles dès qu’il s’agit de sexe ou de genre. »
La conséquence de cette compétition interne est la naissance d’une scission : 20 à 25 % des électeurs pro-Hillary ne soutiendront pas Barak lors du vote présidentiel final. On trouve la même tendance chez les électeurs pro-Barak. Raidissement de part et d’autre. C’est ainsi que la place pourrait bien être libre pour Mac Cain, le républicain, qui n’était pourtant pas parti favori.
Les pressions pour qu’Hillary se retire ne cessent de se manifester.
Barak a gagné plus de délégués jusqu'à maintenant, mais l’écart est serré et un retournement est encore possible. Hillary a déclaré qu’elle ne se retirerait pas. « I am a fighter, dit-elle. » (Je suis une battante)
Dans la vague du post féminisme, nombreuses étaient les femmes américaines qui pensaient qu’élire une femme présidente ne posait plus aucun problème à personne et, donc, qu’elles pouvaient élire le candidat de leur choix, quel que soit son sexe et sur ses seules qualifications. Ces femmes-là repensent aujourd’hui leur position.
Une femme au pouvoir, dans l’inconscient collectif archaïque, ferait-elle s’écrouler les murs du Temple?
Emilie