La danse des obscénités
Il me revient en mémoire longtemps après mon voyage en Indonésie, des danseuses entourées d'une foule d'hommes braillant des obscénités, et leur remettant des billets à des endroits bien appropriés pour signifier qu'elles étaient rien que des putes effectuant des tours à leur demande. Les plus "braves" montaient sur la scène sous les quolibets et l'hilarité générale, qui pour embrasser la fille de force, qui pour lui mettre la main au panier, saisir les seins, etc. C'était le concours des coqs de village, et celui qui osait le plus de saloperies était le héros "viril" des foules paillardes. Je connaissais les montreurs d’ours dans mes livres révolus d’enfant, là c’étaient les montreurs de femmes qui piétinaient mon cœur. Et apparemment le montreur de femmes avait la peau plus dure que celui qui vendit le dernier la peau de l’ours.
M., tu me dis qu’en Egypte quelque chose d’assez semblable avait lieu avec les danseuses du ventre regardées par toute une foule d’hommes leur glissant dans le soutien gorge des billets pour les relancer dans la danse lascive, et que tu souffrais pour elles.
Ici à Pigalle La Goulue dont il reste des affiches de Toulouse-Lautrec dans le cercle noir des hommes. Et ça continue les filles et la ronde noire autour. Moins de misère, je n’en sais rien, peut-être. Des boy’s apparaissent au service de ces dames aux Folies Pigalle.
Il existe encore en France, et ailleurs en Europe des fêtes qui consistent à pourchasser principalement les filles, à les tripatouiller, enduire de boue mélangée à de la vinasse immonde, à leur déchirer leurs vêtements et autres joyeusetés à connotations sexuelles violentes. Il y a des femmes complaisantes qui participent, ou ne trouvent rien à y redire car elles ne comprennent rien au message qui est véhiculé. Le masque c'est la fête et la mise en scène d’une joyeuse discrimination sexuelle folklorique.
Refuser, résister, se soustraire et voilà les filles taxées de « bégueules ». Les étrangères y sont les proies les plus prisées, qui se font piéger par le "folklore" villageois. Les femmes mariées du village et les jeunes filles de la famille se gardent bien de participer conseillées, peut-être même remises sans ménagement à leur place domestique, par les maris et pères jaloux gardiens de leur vertu.
Il existait autrefois beaucoup de ces "fêtes" peu à peu interdites comme l'est aujourd'hui le bizutage dans les écoles. Bizutage dont pas mal de gens ont la nostalgie au prétexte qu'il soude le groupe (victimes et bourreaux confondus ayant l'impression d'avoir passé ensemble l'épreuve d'un rituel préparant à la guerre des clans de la vraie vie).
Quand j'étais aux Arts déco à Nice j'ai failli en être victime, et je ne sais pas comment j'en ai réchappée. Je crois que j'avais montré que je mettrais un sacré bordel si on me faisait suer, et les autorités ont dû donner des consignes de me laisser en paix. A l'époque j'étais un démon écorché de révolte. Et je n'avais peur de rien ne me rendant pas vraiment compte des rapports de force. Le bizutage, sous la gauche, a fini par disparaître grâce à une loi l’interdisant. La guerre d’Algérie battait son plein, y reste t’il des danseuse du ventre depuis que le voile islamiste s’y répand comme une peste ?
Les femmes seront-elles toujours prisonnières, soit d'un puritanisme qui codifie totalement leur vie (cf. voile, burka, virginité ...), soit d'une marchandisation obscène de leurs corps (danse du ventre, prostitution etc...) à des degrés divers de cruauté, en fonction de leurs origines et milieux sociaux, sans moyens de résister.
Les régimes démocratiques ont l’avantage de permettre d’ouvrir des champs de résistance, les régimes démocratiques permettent des changements, des espérances de jours meilleurs, mais non sans reculs parfois très douloureux, et du désespoir.
Javotte