«Tolérer l'intolérable au nom de la diversité culturelle
est une forme de colonialisme»
Compte rendu d'une intervention de Wassyla Tamzali, par l'écrivaine Claude Ber
Le 21 octobre dernier, Wassyla Tamzali, qui a été responsable du programme pour les droits des femmes à l'UNESCO, participait à une table ronde où elle a parlé de son récent livre "Une éducation algérienne" (Gallimard). Claude Ber, poète et dramaturge, a fait un compte rendu de cette rencontre à laquelle elle participait également.
À l'heure où certain-es se croient investi-es de la mission de sauver les femmes musulmanes, qui seraient menacées non par les intégristes politiques et religieux de leur groupe mais par les personnes qui s'opposent à ce que les religions dictent leur loi aux institutions et dans l'espace public, il est intéressant d'écouter ce que disent elles-mêmes des femmes musulmanes qui ont une longue expérience des conséquences de l'intégrisme dans leur propre pays.
«Ce qui est visé [dans ce livre], écrit Claude Ber, c'est sans fard et sans détour la montée en force de l'islamisme, avec la dénonciation de l'assignation à l'identité, et l'imposture que recouvrent toujours ces identités factices, reconstruites par tous les nationalismes, les fascismes, tels que les a d'ailleurs connus l'Europe en Italie et en Allemagne, et qui mettent un terme à l'espoir de progrès.
«C'est ici le piège du culturalisme et du différentialisme qui est dénoncé en ce qu'il porte d'assignation à des "identités meurtrières" parce que figées et obligées. La culture, dit Wassyla Tamzali "c'est le droit de ne pas être ce que je suis". Si chacun est, certes, héritier d'une histoire, il n'en est ni l'otage ni le prisonnier. La reconnaissance de la diversité se fait au nom des droits de la personne humaine, non au nom d'une prétendue égalité des cultures, qui autoriserait aux uns un recul critique et des avancées de droit, comme l'Occident l'a fait, et enfermerait les autres dans un passé immobile.
«C'est là une autre forme de colonialisme, celle qui consiste à tolérer l'intolérable sous prétexte du respect de la diversité culturelle, alors que c'est transformer en privilège un juste droit. Ainsi en est-il du droit des femmes, dont Wassyla Tamzali connaît la situation mondiale, encore trop souvent serve, sans reconnaissance des droits humains fondamentaux. La tolérance a pour limite l'intolérable.
Une invitée