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SALUTAIRE DESPENTES
Nous sommes dans l’ère des repentirs. Les femmes ne sont pas en reste : seule catégorie, parmi les ex-colonisés qui, contrairement à ses collègues colorés, ne s’élève plus contre les infâmes dominants. Cela avait été fait, dans les années 70. Par les féministes, ces êtres non apparentés dont la caractéristique est : l’excès.
Alors les femmes sont entrées en pénitence. Solidement encadrées par les proxos de service - magazines féminins, médias, faiseurs de modes - elles ne savent quoi faire pour se faire pardonner nos excès. Et d’en remettre une couche dans la Féminité, porte-jarretelles en bandoulière, seins siliconés, corsets, lèvres body buildées conquérantes, mamelles à l’air sur place publique pour allaiter le fruit de leurs entrailles fécondes (sic : des mères allaitantes en action ont tenu un sit-in au mois d’octobre à Paris pour montrer le bon exemple …)
Il s’agit de prouver qu’on est restée femme. Des pieds aux nénés. Ca s’arrête au cerveau, promis. Dire que nous, les « féministes » avions cru pouvoir desserrer la laisse du maître, mais voilà qu’il fait mine de partir, alors elles couinent après la laisse et le maître qui va avec. Le pauvret, il a eu peur, il est en désarroi.
Alors dans ce concert de repentance ignominieusement féminine, un couac vengeur et salutaire : le livre de Virginie Despentes « King Kong théorie ». Une qui n’a jamais voulu comprendre ce qu’était la Féminité et qui l’énonce sans vergogne.
« Après plusieurs tentatives de bonne, loyale et sincère investigation, j’en ai quand même déduit que : la féminité, c’est la putasserie » écrit-elle tranquillement. La preuve : elle ne s’excuse de rien. Elle n’est pas de celles qui se sentent toujours en faute « toujours incapables de quelque chose », d’être à la fois bonne mère et bonne pro, bonne au lit et bonne à tout faire … Notre Virginie claque la porte au nez de l’indéfectible culpabilité qui colle aux basques de nos soeurs et les empêche de respirer.
Voilà pourquoi elle se fait le porte-plume des sans grade de la Féminité – moches, vieilles, grosses, pas baisées … (Au passage, elle salue aussi les sans grade de la Virilité, les « pas compétitifs, les peu membrés, les qui chialent… »). Elle leur rend une fierté. Celle d’avoir survécu au rouleau compresseur du « Tu seras une jolie petite gourde, ma fille ». Oui, la fierté, une qualité que la plupart des femmes se refusent. Nos grands « classiques » mettent en scène le sens de l’honneur. Réservé aux mâles. Le Cid est prêt à mourir pour le défendre. Mais pour Chimène et consoeurs, l’honneur se circonscrit au triangle pubien, qu’il s’agit de préserver coûte que coûte des invasions masculines. Sinon, on n’est plus côtée sur le marché. Idem aujourd’hui : ce n’est plus la virginité le critère de « bonne », c’est le calibrage ad hoc. Et les voilà toutes à la recherche des mensurations idéales (pour qui ?), quitte à se laisser mourir de faim.
Cependant elle va faire grincer des dents certaines d’entre nous. A propos de la prostitution et de la porno. Pas bien pensante de ce côté-là non plus. Mais cela n’engage qu’elle. Elle part en effet de sa propre expérience de prostituée occasionnelle, étape cruciale pour elle de reconstruction après son viol, constate que ce n’est pas si terrible comme boulot, pas plus que la double journée. Etre pute sur le trottoir ou à la maison, elle ne discerne pas la différence.
L’essentiel n’est pas là. Virginie Despentes est féministe. Sans états d’âme. Elle ne bêle pas avec les moutonnes enrubannées qui encombrent notre espace. Pas du genre « Je ne suis pas féministe, mais… » Diable que ça fait du bien de lire ces lignes trempées dans le salutaire vitriol de la lucidité !
Justine