Une recette d’Hildegarde de Bingen (1098-1179)*
L’élixir de violette.
Quiconque est appesanti par la mélancolie et l’inquiétude, et fait aussi mal à ses poumons, qu’il fasse cuire des violettes dans du vin pur, qu’il fasse cela à travers un linge et qu’à ce vin il ajoute du galanga ainsi que de la réglisse autant qu’il veut ; qu’il fasse cuire le tout pour en faire une boisson claire et qu’il boive celle-ci : elle apaise la mélancolie, rend heureux et guérit les poumons.
Une fois par jour pendant quatre semaines.
Note à l’attention de celles qui douteraient : Hildegarde fut une abbesse bénédictine qui fonda deux monastères au XII° siècle. Grâce à son importante correspondance et à ses mémoires nous connaissons sa vie. A quarante trois ans, elle eut des visions auxquelles elle consacra ses premiers écrits. Le réformateur Bernard de Clairvaux et le pape Eugène III reconnurent en elle une mystique et une prophétesse. Très célèbre en son temps, sa curiosité et ses talents étaient sans limite. Elle écrivit deux livres de médecine. Elle composa et publia des œuvres musicales, écrivit sur la vie des saints, entretint des correspondances avec les notables de l’époque, inventa même un langage secret, ce qui ne l’empêcha pas de voyager et de prêcher dans toute l’Allemagne. Elle mourut à l’âge de quatre-vingt-un ans. Sa réputation et son influence finirent par porter ombrage aux élites religieuses des siècles suivants ; elle ne fut jamais canonisée, mais est néanmoins vénérée comme une sainte.
* citée dans « les recettes de la joie » de D. Maurin et J.Fournier-Rosset. Editions Téqui. Paris, 1993.
Emilie