LE RETOUR DES FEMMES AUX FOURNEAUX
Il y a bien longtemps que la « mère Brazier », Eugénie Brazier, la plus célèbre de ces « mères », les fameuses cuisinières lyonnaises, a disparu, elle qui avait obtenu 3 étoiles au guide Michelin de 1933. Eugénie, qui avait été elle-même en apprentissage chez la « mère Filloux », forma à son tour le plus célèbre de nos cuisiniers : Pierre Bocuse, lequel osait dire dans une célèbre émission de Bernard Pivot, en présence de Françoise Giroud, que « les femmes ne pouvaient être chefs, ne savaient faire qu’une cuisine familiale et brûlaient les rotis » !
Et puis voilà, les femmes disparaissent pour très longtemps des grandes cuisines de ce pays. Les hommes occupent toute la place. Tout au plus distribue-t-on parfois une étoile à telle ou telle qui a eu le courage de se lancer dans l’arène.
Mais l’année 2007 est l’année de la renaissance : Anne Sophie Pic à Valence obtient trois étoiles ; elle est nommée « chef de l’année » par ses pairs. On évoque la tradition familiale : son père, son grand père et… l’arrière grand-mère, à l’origine de cette tradition, une Sophie, comme elle. La boucle se boucle ?
Anne Sophie fait, dit-elle, une cuisine inspirée par des associations de saveurs ; « une cuisine de femmes » en espérant faire des émules parmi elles. Jetons un œil gourmand sur ce qu’elle propose. Au hasard de la carte : la sardine et le caviar d’Aquitaine en deux textures, confite au combawa et crémeuse eau de seigle, légèrement prise ou la Saint Jacques de Normandie, noix meunière, lait mousseux de riz basmati aux baies de genièvre corne d’abondance ou le cochon basque des Aldudes carré rôti au poêlon, pomme agna et pomme fruit rubinette en gelée de poivre vert. En dessert, que diriez–vous d’une framboise et poivron rouge ? Sûr, de la créativité Anne Sophie en a à revendre !
N’oublions pas la parisienne d’adoption Hélène Darroze, sa cuisine du terroir et ses deux étoiles, installée depuis plusieurs années rue d’Assas et qui a ouvert un second restaurant dans la capitale.
Ni Flora Mikula qui opère aux « Saveurs de Flora », un restaurant féminin dit-elle, ouvert dans un quartier chic du 8° arrondissement.
Enfin la benjamine, Andrée Rosier, qui, à 28 ans, vient d’être élue « meilleur ouvrier de France » ; je dirais bien meilleure ouvrière mais je crains la méprise et que cela passe pour un concours réservé aux femmes.
Bravo pour leurs talents, leur énergie. Que les femmes reprennent les fourneaux de l’excellence, c’est un bonheur.
Emilie