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Une recette d’Hildegarde de Bingen (1098-1179)

Le vrai pouvoir
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LES  FILLES  DU  DESERT.

         Elles ont surgi de derrière le sable.
         Du sable, il y en avait partout. On ne distinguait pas les dunes annoncées, tant la tempête de vent avait coloré le ciel d’un gris laiteux. Univers balayé par ce souffle grondant. Les rares touffes d’herbes se couchaient au ras du sol, les seuls êtres debout, nous, ne résistaient pas à la poussée déchaînée. Je m’étais réfugiée dans le 4/4.
         Mais elles tenaient bon. Deux silhouettes ténues, habillées à l’européenne, le visage maigre et raviné entouré d’un petit foulard, elles avaient surgi. Elles nous tendaient de petites figurines de dromadaires très colorées. Elles parlementaient derrière les vitres de la voiture. Je scrutais l’étendue qui nous englobait et je ne distinguais pas la moindre trace d’habitat. D’où venaient elles donc ? Avec un touriste tunisien, nous faisions des hypothèses. Il pensait qu’elles vendaient leurs objets pour le compte d’un de ces négriers qui exploitent partout dans le monde de pauvres filles. Il les déposait dans le désert le matin et venait les rechercher le soir, pour recueillir la manne touristique, dont elles ne percevraient sans doute rien.
         J’ai fini par ouvrir la portière et je leur ai acheté un petit dromadaire. Touchante poupée rouge avec des lisérés dorés, qui ne ressemblait à aucun de ces gadgets en fausse laine vendus partout. Nous n’avions pas de monnaie. Je leur ai fait signe de garder le tout. Mais elles n’ont pas accepté et ont insisté pour donner un autre dromadaire pour le prix. Elles sont restées près des 4/4 jusqu’à notre départ. Leurs petits corps pliaient sous le vent, leurs yeux abîmés clignaient, mais elles tenaient bon. Dès que nous avons démarré, elles se sont éclipsées et le désert a avalé leur présence.
         Le touriste tunisien a demandé au chauffeur où elles vivaient. Celui- ci a désigné au loin, une ébauche floue de hutte en palmes, qu’on devinait  au détour de la piste. Juste un faisceau de  palmes, par où s’engouffrait le vent, le froid ou la chaleur.  Comment pouvait on survivre là ? Sans eau, sans toit, dans le froid impitoyable ou la chaleur écrasante ? Vivaient-elles vraiment là ou était-ce juste une abri de fortune, pour être à proximité du lieu où les touristes venaient admirer les dunes et leur coucher de soleil ?
         Je ne le saurai jamais. J’avais le cœur serré. Longtemps la vision pathétique de ces deux jeunes femmes m’a poursuivie.

        Justine