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L’ÉLÉGANCE DES ÂMES
OU
« L’ÉLÉGANCE DU HÉRISSON »
de Muriel Barbery –( Gallimard 2006 )

         Ce livre est en tête des ventes depuis sa parution. Grâce au bouche à oreille. La critique est passée à côté… Ce n’est pas un hasard. Il n’y a rien dans « L’élégance du hérisson » qui puisse retenir l’attention de nos experts en écriture, amateurs de plongées dans les enfances et les âmes glauques, et traqueurs de l’incommunicabilité qui serait le propre de l’homme.
         Tout au contraire, ce roman ouvre des avenues vers la lumière. Par sa langue : riche, châtiée, qui n’épargne ni les subjonctifs ni les développements philosophiques. Tout le contraire de l’horrible parler « banlieue » si mode. Par son histoire. Trois personnages qui n’avaient rien à faire apparemment ensemble se rencontrent  sur l’essentiel. Le lieu de leur rencontre est un immeuble cossu du 7e arrondissement. Chacun y occupe sa place sociale.
         La  concierge, Renée, s’emploie à faire très concierge « petite, laide, grassouillette », d’origine paysanne.          La vraie Renée, s’évertue à cacher ce qu’elle est : une lectrice passionnée, qui a surnommé son chat Léon – à cause de Tolstoi bien sûr – une cinéphile avertie, amateure de films japonais, une gourmande qui partage avec sa seule amie, une femme de ménage de l’immeuble, de fins goûters.
Une petite fille de douze ans, Paloma, d’une des familles riches de l’immeuble. Surdouée, elle tient un journal où elle consigne ses réflexions extra lucides sur son entourage et le monde. Considérant qu’elle n’a rien à en attendre, elle a décidé de se suicider le jour de ses treize ans.
         Un japonais richissime, amateur d’art, délicat et très observateur, va emménager dans l’immeuble cossu.
         Ces trois-là étaient faits pour se rencontrer, au-delà de leurs différences. Ce qui est censé séparer les êtres, et qui finit par les séparer, est souvent pure contingence, la classe sociale, l’âge, l’éducation… Voilà ce que montre ce roman généreux. Renée, Paloma et Ozu, le monsieur japonais, partagent le même regard aiguisé sur le monde, cherchent le sens des choses, ont un goût prononcé pour l’art et la beauté et pratiquent une attention extrême aux autres. Ils vont s’aider à comprendre leurs désarrois, s’apporter chaleur et tendresse, ils vont s’illuminer les uns les autres. Et démontrer que le propre de l’homme, quand il s’y emploie, est du côté de la communicabilité, qui implique d’aborder l’autre dans sa globalité. Voilà qui a peu à voir avec la communication, où prime la quête du meilleur ou du plus spectaculaire chez l’autre.
         Un bémol à ce coup de cœur. Pourquoi cette fin triste et inattendue ? Nous nous étions pris à rêver à un monde, où d’autres relations étaient possibles. L’auteure nous fait retomber de haut. A t elle été rattrapée par la peur du « happy end », que tout le monde attend. Sauf évidemment ces critiques qui décernent les labels de bonne ou mauvaise littérature.

         Justine