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DARLING

         C’est d’abord un livre de Jean TEULÉ, adapté au cinéma par Christine CARRIÈRE. Il a reçu le « Hublot d’Or » de la Meilleure adaptation du Festival « De la page à l’image » du Croisic !

         C’est l’histoire d’une enfant battue qui devient une femme battue. Un classique de la vie de millions de femmes, me direz-vous. Oui, et en prime c’est une histoire vraie.
         On nous montre comment Catherine (qui choisira plus tard de se faire appeler Darling) née dans une famille de paysans normands rustres, est humiliée, insultée, battue par un père et par une mère, qui ne sont guère plus tendres avec leurs deux garçons.
         Catherine-Darling est une rebelle, elle ne se laisse pas impressionner. Elle échappe à ce monde de brutes par les fantasmes. D’abord, elle ne sera pas « paysante ». Puis, elle trouve un petit boulot chez un couple de boulangers sans enfants, qui l’aiment et veulent la protéger. Ceci lui permet de se faire de l’argent de poche et d’acheter les revues « glamour » qui la font rêver. Et elle rêve Darling, elle rêve de partir un jour avec le conducteur de l’un de ces semi-remorques qui passent nuit et jour sur la nationale qui borde la ferme de ses parents. Semi-remorques auprès desquels elle court en se rendant quotidiennement à la petite ville où se tient la boulangerie.
         Elle part effectivement un beau soir avec un routier. Mais elle a tiré le mauvais numéro. Charmant-charmeur au premier regard, celui qui devient son mari est un alcoolo paumé. Avec lui, c’est la descente aux enfers, le sadisme au quotidien. Darling ne réagit plus, elle subit, car au milieu de ce cauchemar trois enfants sont nés. Darling fait son possible pour les protéger. Et c’est parce qu’un jour ils sont témoins d’une dernière humiliation de leur mère qu’elle trouve le courage de partir … sans eux …
         Je ne raconte pas la suite, car je veux que vous alliez voir ce film remarquablement interprété par la jeune Océane Decaudain (Darling enfant), Marina Foïs et Guillaume Canet dans les rôles principaux. J’ai aimé que Christine Carrière ne nous impose pas les scènes de violences. Elles se déroulent « off », mais son grand art est de nous faire comprendre ce qui s’est passé en coulisse, sans exhibitionnisme. Cela change des films de guerre ou des polars ; de l’étalage des armes et des coups sur la gueule.

         Ce film nous amène à nous poser des questions.
         Où est passée l’insolence de Catherine/Darling enfant ? Est-ce l’Amour qui fait d’elle une victime et lui ôte la volonté de partir, partir avant qu’il ne soit trop tard ?
         Pourquoi Darling va t-elle toujours faire les mauvais choix ? Ne pas accepter la proposition des boulangers qui sont prêts à l’accueillir comme leur fille. Refuser l’amour que lui offre un jeune agriculteur de sa campagne. Choisir un Roméo nihiliste qui dès le jour des noces donnera à voir sa vulgarité et sa violence.          Décrocher son mari de la corde où il s’est pendu et de ce fait lui sauver la vie. Partir sans ses enfants et les laisser entre les mains d’un père incestueux. Masochisme ?
         Qu’ont bien pu vivre les parents de Darling dans leur enfance, pour traiter leurs propres enfants comme il le font ?
         Y a t-il une fatalité qui fait qu’une enfant battue sera une femme battue qui battra ses enfants et ainsi de suite ?

         A cette dernière question, je voudrais répondre non. Non, il n’y a pas de fatalité, si l’on a reçu un tant soit peu d’amour, mais encore faut-il savoir reconnaître cet amour, et comment le reconnaître quand on n’en a pas reçu enfant ? Dans la majorité des cas, on ne s’en remet pas ou sinon avec l’aide, par exemple, d’une analyse et de longues années de souffrance pour parvenir à se reconstruire.
Le hasard veut que ce film sorte au moment où je retrouve une amie de jeunesse. Elle aussi humiliée,          insultée, battue par sa mère. Elle est repassée « au pays » pour s’occuper de faire hospitaliser cette mère âgée. Elle fait son « devoir » m’a t-elle dit. Elle a été heureuse, elle a deux enfants. « Je n’ai jamais touché aucun de leurs cheveux. Je me l’étais promis, il fallait mettre un terme à ce cycle infernal. » Elle a pu conserver un équilibre grâce à l’amour qu’elle a reçu d’une arrière-grand-mère, grâce à ses enfants, à son métier (institutrice) et parce qu’elle a toujours mis au moins 1 000km entre elle et sa mère. Peut-être aussi grâce à un mari psychologue, même si elle s’est séparée de lui.
         Pour mon amie, la partie est gagnée. Pour Darling, espérons que le livre puis le film l’auront aidée.

         Victoire