Griffes de Lionnes
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Mariannes    

Les Mariannes et Ségolène

         L’hebdomadaire « Marianne » a consacré plusieurs pages début décembre à « Ségolène et les femmes, certaines s’enthousiasment d’autres la détestent ».
         Le décor est planté dès la conférence de rédaction : les femmes « s’étaient insensiblement regroupées à une extrémité de la grande table de réunion » et lorsqu’un imprudent ose proférer « Ségolène Royal incarne une révolution féministe », il reçoit une volée de bois vert de la part de ses collègues femmes, qui « d’ordinaire préfèrent le silence dans une assemblée où les voix masculines dominent ». Que reprochent-elles à Ségolène ? Sa féminité et d’en avoir usé pour arriver là où elle est. Ainsi les journalistes femmes de Marianne se sentent remises en cause, « elles qui ne veulent devoir leur trajectoire et leurs avancées qu’à leurs compétences » ! D’où découle l’accusation d’incompétence, selon l’opinion machiste : si l’on est « féminine », on est logiquement « idiote ».
         Voyons qui sont ces « anti ». Majoritairement, ce sont des nanties ou des femmes qui ont réussi, bien sûr, grâce à leurs compétences et surtout pas parce qu’elles sont des femmes ; ce serait leur faire injure, soulignons-le. Donc, des professeures, écrivaines, avocates, étudiantes, plutôt jeunes, qui n’ont pas vécu les luttes des années 70 et jugent antimecs certaines attitudes de Ségolène.
         Mais il y aussi parmi ces « anti » des députées socialistes ou de droite, des responsables syndicales, plus âgées qui ne pensent pas qu’appartenir à un sexe ou à un autre soit déterminant, elles qui se sont battues pour l’égalité et qui « n’ont jamais rencontré Ségolène au cours de leurs luttes ! ». Elle avait 17 ans en 70 …
         Enfin pour celles qui ne sont ni de droite, ni bo-bo, qui en bavent au boulot, Ségo c’est une bourge et elles ne s’y reconnaissent pas, et DSK ou Fabius, pas des bourges ?
         Ce qui émerge de toutes ces critiques, c’est le reproche que l’on fait à Ségolène : une apparence féminine et la mise en avant de sa maternité. Reproche t-on à Villepin ou Sarkozy leur jogging matinal en caleçon ou leurs bains de mer ? Pourtant c’est bien quelque part un affichage de virilité ! Tout le monde n’a-t-il pas encore en tête l’image attendrissante du petit John-John jouant aux pieds de son père sous son bureau de Président des Etats-Unis d’Amérique ? Et le petit Louis, prenant son repas avec ses parents Nicolas et Cécilia, c’est-y pas mignon ? Il y a quelques années, les journaux exaltaient, à propos d’une étude comparative France/Allemagne, réalisée par Jeanne Fagnani sur la double journée : « les françaises super women » capables, mieux que les Allemandes d’assumer un travail et des enfants. Ségolène n’est-elle pas le prototype de ces femmes si utiles à la Nation pour ce taux de natalité dont Elle est si fière, et si indispensables par leur travail, à ce pouvoir d’achat qui s’effondrerait si elles restaient au foyer ? Curieusement, Ségolène est la seule à qui l’on reprocherait de posséder toutes ces qualités. Comme le dit Christine Clerc : « Les attaques anti-Royal, toutes les femmes les ont entendues contre elles, même celles qui n’aiment pas Ségolène. »
         Ces critiques montrent que le refus de s’identifier à Ségolène, cachent mal un rejet de soi en tant que femme. De façon générale, les femmes ne s’aiment toujours pas, elles restent divisées, et en pénétrant le monde des hommes, surtout en politique, elles ont revêtu leur uniforme : costume sombre, cravate et cheveu court. Ségolène c’est plutôt couleurs claires et parfois éclatantes, cheveux longs, économie de la gestuelle, contrairement aux hommes politiques et à leurs effets de manche.
         Voyons du côté des « pour ». On trouve de tout dans l’échantillon et d’abord, là c’est une surprise, d’éminentes femmes de droite : Bernadette Chirac, Cécilia Sarkozy, Valérie Précresse. Ceci, c’était avant que Ségolène Royal devienne la candidate officielle du PS. Depuis, elles ont dû avoir la consigne de la boucler !
Plus intéressant est de constater le soutien que reçoit Ségolène de femmes qui sont sur le terrain de l’action politique d’aujourd’hui, mais qui y sont parvenues par la « marge », telles Fadela Amara ou une députée du Nord Odette Duriez, fille d’agriculteur et comptable de formation. Elles savent combien les femmes sont discriminées dans les milieux qu’elles côtoient et à quel point Ségolène représente « une espérance ».
         On note également une nette différence entre Paris et la province, qui s’est d’ailleurs faite sentir lors de la désignation de la candidate par les adhérents PS : la province a plébiscité Ségolène, alors que Paris faisait la moue. En province, on valorise ce que Ségolène a fait sur le terrain.
         Les femmes qui aiment Ségolène ressentent de la fierté parce qu’une femme a osé revendiquer le pouvoir, comme le dit Monique Lang : « Ras le bol des hommes politiques. Toujours les mêmes. J’aurais aimé avoir ce choix depuis longtemps. » Les remarques machistes des hommes politiques du genre « Et qui va garder les enfants ? » les ont rendues furieuses. Il y a même certaines femmes de droite qui sont tentées de voter pour Ségolène parce qu’elle a été victorieuse contre les hommes de son parti. « C’est la victoire de toutes les femmes » dit Valérie, 38 ans.
         Quelques-unes des élues PS de la mairie de Paris, qui avaient tenté une action contre elle au printemps 2006, au nom du : « le genre n’est pas déterminant », se rallient opportunément à elle, tout en continuant à lui reprocher d’être « dans le féminin plus que dans le féminisme ».
         Que pensent les féministes auto estampillées comme telles ? Elisabeth Badinter est « réticente », Gisèle Halimi « ne voit aucune révolution en marche ». Par contre Geneviève Fraisse qui en a bavé comme toutes celles, féministes, qui se sont frottées au jeu politique approuve la prise de pouvoir par Ségolène « parce que personne ne le lui donnera ». Quant à Antoinette Fouque qui en d’autres temps prétendait que le féminisme était l’inversion de l’humanisme, cette fois elle jubile, c’est tout juste si elle ne revendique pas la maternité de Ségolène !
         Quant à moi, lorsque je suis née, les femmes n’avaient pas le droit de vote. A 5 ans j’ai participé à ma première campagne électorale, avec ma mère, qui, ne voulant pas que son mari lui dicte son choix, participait aux réunions de tous les partis en lice. Il aura fallu que j’attende 61 ans pour espérer voir une femme devenir Présidente de la République Française, je ne vais pas bouder mon plaisir !

         Victoire