Griffes de Lionnes
Coups de griffe
Les billets durs
Sartre Merci France2 Sur le site de MG Buffet
La foire aux filles Des pentes difficiles à remonter  
Les pensées de Pascaline
La liberté dévoyée Le merveilleux

SARTRE  ou l’âge des passions

         On a beaucoup encensé ce téléfilm qui tourne tout entier autour de Sartre. Un Sartre péremptoire, monsieur qui-sait-tout, qui part au quart de tour sur n’importe quel sujet, qui est boulimique d’écriture, de voyages, de prises de position, de femmes … Toujours flanqué de son alter ego, elle, Simone de Beauvoir. Alter ego ? Ou faire valoir ? Car elle aussi, elle gravite dans l’orbite du grand homme. Toujours dans son sillage, observatrice, critique, conseillère, l’air grave voire douloureux. Jamais un sourire. Dame ! C’est qu’il faut les supporter les frasques du petit homme !  On nous parle de leur pacte, amour nécessaire, amours contingentes. Bien commode ce pacte pour autoriser toutes les galipettes compulsives du bonhomme. Mais le Castor ne se privait pas elle non plus, même si elle était plus mesurée en la matière. Plus mesurée parce que plus équilibrée. Elle n’avait pas à compenser un physique ingrat et une enfance difficile, il faut le souligner.  Même pas une allusion à Algren pour lequel elle avait  failli quitter Sartre quelques années auparavant ? Et Lanzmann avec qui elle doit avoir une relation à l’époque du téléfilm ? Et ses amies de cœur et de corps ? Pas un mot. Au contraire on nous la caricature sanglotante à Cuba : une crise de blues au motif que ça fait un bail que personne ne l’a prise dans ses bras !  Pure fiction, cette scène. On va me dire, le sujet du téléfilm, c’est Sartre, pas Beauvoir. Pas vraiment puisqu’on nous les montre ensemble, soudés dans ce couple mythique qui a tant fait jaser. Un couple, qui a tenu ses promesses de durée au-delà des inévitables ratés. Et qui a fait école pour les générations suivantes.

         Image d’Epinal que cette égérie sévère où le téléfilm enferme Beauvoir. Si Sartre ne lui disait pas  « Vous êtes quelqu’un, Castor » on aurait du mal à s’en rendre compte par soi-même.  Les scénaristes n’ont pas pu s’en empêcher : ils nous ont campé une Beauvoir de l’ombre, dans l’ombre. Omniprésente, certes. Mais seconde quoi ! Ils se rattrapent par quelques sentences dont celle évoquée ou encore « Vous êtes plus intelligente que moi ». Elle n’était pas qu’intelligente, elle était belle, vivante, créatrice, indépendante, gaie luronne. C’est ainsi que nous l’avons connue, celles qui, comme moi avons eu le privilège de l’approcher. Et nous ne la retrouvons pas dans le portrait noir et blanc, papier glacé  qu’on nous en offre.

         Justine