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William HOGARTH
Un type bien.
Un Anglais, un homme des Lumières qui aurait troqué sa plume contre des pinceaux et des crayons.
William HOGARTH – 1697-1764 – le premier à donner à l’Angleterre son identité picturale et quelle identité ! Pas le genre Grand siècle de Louis le Suffisant. Par sa peinture et encore davantage par ses gravures (largement diffusées en Angleterre et en Europe) Hogarth a joué un véritable rôle social et politique en choisissant de poser un regard lucide et critique sur les dérives des comportements humains. Il poursuivait un but éducatif, mais n’était pas uniquement un moralisateur. Il fut l’ami d’un des plus grands philanthropes de son temps, le capitaine Coram qui consacra une partie de sa fortune à secourir les orphelins.
Son originalité réside également dans sa manière. Il réalise des suites de tableaux et de gravures qui, les uns après les autres, nous racontent des histoires. Il pourrait être considéré comme l’inventeur de la bande dessinée.
Ainsi il dénonce la prostitution, les mariages arrangés, la cruauté envers les animaux comme une école du crime, la débauche, l’alcoolisme.
« La carrière d’une prostituée » commence dès l’arrivée à Londres d’une jeune oie blanche débarquant de sa campagne et repérée à sa descente de la diligence par une mère maquerelle. L’histoire se poursuit jusqu’à sa mort, provoquée par la syphilis, dans un hospice misérable. Nous assistons au cheminement de sa dégradation.
Dans une série de tableaux : « Mariage à-la-mode » il dénonce les mariages arrangés par des pères cupides (l’aristocrate) ou à la recherche de notoriété (le riche marchand) … mariages malheureux, par définition. Hogarth montre le recours aux prostituées pour le mari qui contracte la syphilis et contamine une fillette prostituée par sa mère. Lequel la traîne, rigolard, chez un charlatan dont les médicaments ont manqué, à l’évidence, d’efficacité. L’épouse prend un amant qui tue le mari et se suicide en laissant un enfant, jeune, déjà contaminé par la syphilis du père, qui a contaminé la mère, etc….
Dans une série de gravures : « Les quatre étapes de la cruauté », il met en scène un personnage, Tom Nero, qui torture, encore enfant, avec d’autres camarades, des chiens, des chats et des oiseaux. Devenu adulte il bat son cheval à mort ; autour de lui un autre homme a torturé un mouton ; on aperçoit un âne croulant sous son fardeau, avançant à grands coups de bâtons. Ceci mène Tom Nero au meurtre de sa femme, enceinte. Sous-titre : « La cruauté parfaite ». L’ignoble individu condamné et exécuté est dépecé par des carabins, tripes et boyaux à l’air tandis qu’un chien se délecte de son coeur : « La récompense de la cruauté » ! Cette série de gravures a joué un rôle fondamental dans la prise de conscience de la cruauté des humains envers les animaux, qui devait déboucher, plus tard (au XIXème siècle), sur des lois protectrices.
Hogarth dénonce les effets néfastes de l’alcoolisme dans des gravures saisissantes de réalisme où les femmes et les hommes sont représentés, comme des abrutis irresponsables, paresseux, dépravés, suicidaires. Il dessine des scènes de débauche et d’ivrognerie, graveleuses et dégoûtantes à souhait. La syphilis, SIDA du XVIIIème siècle est omniprésente.
Les coupables ne sont pas uniquement les hommes. Les femmes ont leur part de responsabilité, en particulier dans les scènes d’ivrognerie et même les enfants, nous l’avons vu, dans les gravures sur la cruauté. Cependant Hogarth nous touche lorsqu’il nous montre les enfants victimes des adultes qui les entourent et inconscients du sort qui les attend : l’orphelinat, la maladie, la mort. Ainsi, l’enfant de la prostituée qui joue au pied du cercueil de sa mère pendant que les amies de celle-ci se partagent ses vêtements ; celui de la mère mal mariée se suicidant, à qui l’on tend son enfant pour un dernier adieu et dont on voit qu’il est atteint de syphilis. La scène la plus difficilement soutenable est celle où une mère ivre morte laisse tomber son bébé du haut d’un escalier.
Mais ne croyez pas que l’on pleure, la satire n’est pas loin, les mecs ont des gueules de minables, et les leçons ne sont pas du genre prêchi-prêcha.
Comme preuve, Hogarth est un tantinet irrévérencieux envers la sainte religion ! Sous prétexte de dénoncer l’alcoolisme, il met en scène la fameuse Cène. Le rôle du petit Jésus devenu grand est tenu par un pasteur qui rince ses ouailles à grandes louchées de punchs. Les « apôtres » fument, dégueulent, s’écroulent, sombrent dans des comas éthyliques. Les perruques sont en désordre et les bouteilles jonchent le sol, tandis qu’un « apôtre », le « préféré » sans doute, lève son verre dans une désacralisation de l’eucharistie alors qu’un autre verse du vin sur la crâne dénudé de celui qui s’est écroulé à terre, suggérant le baptême.
Si l’on voulait s’assurer un peu plus du paganisme de Hogarth, regardons le portrait qu’il a fait d’un grand libertin de l’époque, Sir Francis Dashwood, en prière façon Saint Jérôme dans sa grotte, penché sur un crucifix qui en réalité est un corps de femme nue, alors que dans son auréole on aperçoit la tête de son compère de débauche Lord Sandwich.
Un homme intéressant ce William Hogarth. Si vous n’avez pas vu l’exposition de ses œuvres au Louvre, découvrez-le sur Internet.